POSITION DE L’APIEEE

Contribution de l’APIEEE à l’Enquête publique

Ce projet de stockage de l’eau répond à 2 préoccupations qui sont la pénurie d’eau et les difficultés du monde agricole. Il est tout à fait légitime que l’on réfléchisse à ces problèmes. Les réserves de substitution pourraient faire partie de la réponse à la question :« comment produire demain pour assurer un rendement suffisant, un revenu correct pour les agriculteur et le respect du milieu ? »

Pour cela, il faudrait commencer par respecter le principe d’équité : pourquoi favoriser les irrigants au détriment des non irrigants ? Au lieu d’avoir un système permettant à une minorité d’irriguer en permanence, on pourrait imaginer que tous puisse avoir accès à l’eau à des moments critiques pour la végétation. Bien sûr, cela suppose d’avoir mis en place d’autres mesures d’économie d’eau (planter des haies pour la recharge des nappes, recharger les sols en humus pour qu’ils puisse jouer leur rôle de réservoir naturel, restaurer les milieux humides et leur rôle régulateur de l’eau, favoriser l’agriculture agro écologique, l’utilisation d’espèces et de variétés tolérantes à la sécheresse etc.…) Ceci n’est malheureusement pas traité dans le dossier. Cela permettrait également l’équité pour les contribuables qui sont les principaux financeurs et pourraient avoir ainsi un retour sur investissement sous forme d’une amélioration de l’environnement et d’une meilleure qualité des produits agricoles et de l’eau.

Par ailleurs, l’économie d’eau est-elle réelle ? Le chiffre affiché de 70% d’économie ne tient que parce que le volume de référence est largement surestimé car basé sur les prélèvements d’eau des années 1999 à 2003 qui n’ont plus rien à voir avec ceux des dernières années. Le document joint en annexe montre que les économies d’eau prélevée en été seront minimes et que par ailleurs si on additionne l’eau prélevée en été à l’eau stockée en hiver on parvient à une augmentation de76% de la capacité d’irrigation.

Certes l’impact sur le milieu sera quand même probablement positif en été pour certaines réserves mais l’impact en hiver peut être négatif lors d’hivers secs avec des risques de non remplissage des bassines. De même, comme les seuils d’alerte et de crise sont restés les mêmes, il n’y a pas de garantie pour l’état des rivières en été. Il peut y avoir des arrêtés d’interdiction des prélèvements lors d’étés secs. Comment éviter alors les tensions entre les irrigants reliés aux réserves qui continueront à irriguer et ceux reliés au milieu qui devront arrêter ? Sans compter les agriculteurs non irrigants qui verront leurs cultures griller sur place pendant que leurs voisins irriguent des cultures principalement destinées à l’exportation (c’est actuellement le cas de la plupart des cultures irriguées).

Pour les réserves de la Sèvre Amont et du Pamproux, les modélisations montrent un impact non significatif sur le niveau de la nappe en été. Pourquoi dans ce cas faire cette dépense inutile ? On peut également être critique sur les réserves qui seront alimentées par des captages en nappes profondes. La réserve d’Amuré, de son côté est tellement grande (850 000 m3) qu’elle mettra de 2 à 3 mois pour son remplissage et qu’on peut légitimement s’interroger sur l’impact du remplissage sur la zone humide qui se trouve à proximité (marais d’Alezom). Pour les réserves en zones Natura 2000 l’étude d’incidence qui a été faite n’est pas assez documentée ne mentionnant pas par exemple les effets indirects des bassines (irrigation, changement d’assolement) et oubliant les busards qui sont aussi concernés, sans compter la faune et flore aquatique.

Par ailleurs, il faut aussi s’interroger sur la qualité de l’eau. Il est probable que le fait de disposer d’une eau sécurisée incitera les agriculteurs à changer leur assolement pour faire par exemple des cultures sous contrat (cultures semencières ou légumières) qui ont des IFT plus élevés que les cultures actuelles et qui vont donc avoir un effet négatif sur la pollution de l’eau. De plus, même sans changer l’assolement, les objectifs de rendements visés vont augmenter si on est assuré d’avoir en abondance l’eau qui est actuellement le facteur limitant pour les rendements. Les intrants (engrais, pesticides) risquent donc d’être augmentés en conséquence avec un effet évident sur la qualité de l’eau.

La gouvernance de ce projet reste aussi à améliorer :

Mieux préciser par exemple comment sera organisée la mutualisation entre les agriculteurs connectés aux réserves et ceux connectés au milieu, prévoir un comité de suivi et de surveillance plus représentatif de l’ensemble des personnes concernées avec un réel pouvoir de décision (après tout, le financement est majoritairement public !)

Bref, il reste encore des marges importantes de progression pour ce projet qui se veut collectif mais oublie la grande majorité des agriculteurs, qui annonce une économie d’eau alors qu’il permet un développement de la capacité d’irrigation et qui ne s’intègre pas dans un projet global d’adaptation de l’agriculture à la sécheresse.

L’APIEEE n’a pas de position dogmatique contre les réserves mais ne peut pas approuver ce projet tel qu’il est actuellement. Il faudrait au minimum :

Supprimer les réserves inutiles ou impactantes pour le milieu

Utiliser l’argent ainsi économisé pour financer des mesures alternatives

Faire en sorte que tous les agriculteurs s’y retrouvent

Réserver l’eau des réserves pour les pratiques agricoles les plus respectueuses de l’environnement

Annexe :Pourquoi les retenues de « substitution » Sèvre-Mignon sont en fait des retenues « d’addition » ?

Le projet des 19 bassines du bassin Sèvre-Mignon est souvent présenté comme permettant d’économiser 70% de prélèvement d’eau en période estivale.

En réalité ce chiffre est obtenu grâce à une surévaluation du volume de référence.

Le volume de référence, qu ‘est-ce que c’est ?

“suite à la campagne 2005, une référence individuelle de volume historique est fixée sur la base de la moyenne des consommation de 3 campagnes prises dans les 5 années immédiatement antérieures (1999-2003) en enlevant les deux extrêmes + 15% pour tenir compte de l’irrigation de printemps”

Ce chiffre a donc été calculé à 24,3 millions de m3 à partir des données 1999-2003. Par rapport à ce chiffre, le volume cible à atteindre en 2021 (7,27 Mm3) est en effet inférieur de 70%. La réalité cependant est que le gain est bien moindre si on utilise la moyenne des prélèvements des 5 dernières années (8,43 Mm3) qui a le mérite d’être plus… actuelle (figure ci-après).La valeur cible (initialement prévue pour 2017 puis repoussée à 2021) permet-elle au moins de protéger le milieu ? Non, elle n’est qu’une étape vers un volume prélevable qui est ce que le milieu peut supporter. Il n’y a qu’à voir comment un prélèvement légèrement supérieur à cette cible a altéré le milieu en 2016 (dans les Deux-Sèvres 41% des stations observées étaient en assec ou en « écoulement non visible » d’après l’observatoire national des étiages). C’est d’ailleurs une observation courante que les arrêtés préfectoraux sont pris quand les milieux sont déjà mis à mal. Or, les procédures permettant aux préfets de restreindre ou d’arrêter les prélèvements, n’évoluent qu’à la marge.!

Nous voilà donc avec un volume cible légèrement inférieur au volume réellement prélevé. Si on lui ajoute le volume stocké dans les bassines (8,8 Mm3) on atteint un volume d’eau sécurisé de 16,04 Mm3 soit une augmentation de 76%.

Voilà comment des retenues de « substitution » permettent en fait d’augmenter l’irrigation.

En résumé, il y a 2 lectures très différentes de la même situation :

Le porteur du projet compare le volume de référence (carré bleu, très surestimé et basé sur des données vieilles de plus de 10 ans n’ayant plus rien à voir avec la situation actuelle) avec le volume cible (carré vert) et constate une baisse de 70%. En réalité, si on compare les volumes réellement prélevés ces dernières années (losange bleu) aux volumes sécurisés (carré rouge = volume cible + volume stocké) on obtient une nette augmentation de la capacité d’irrigation (disparate par sous bassin mais en moyenne de 76%).

Voici comment un projet parlant d’économie d’eau nous amènera en réalité à en consommer plus.

Pour aller plus loin

Document élaboré dans le cadre du groupe de travail inter-associatif sur le projet de retenues de substitution Sèvre-Mignon :

Animation: Coordination pour la défense du Marais Poitevin

Participation : APIEEE, DSNE, GODS, NE 17, SOS Rivières

et

Fédération de Pêche des Deux-Sèvres, APPMA pêches sportives de St-Maixent, UFC-Que Choisir – Deux-Sèvres, Poitou-Charentes-Nature (PCN)