HISTORIQUE

L’APIEEE créée en août 1990, a eu 25 ans en 2015.
Je commence ici le résumé des moments forts de ces années vécues au cœur de l’association.

L’APIEEE a eu 25 ans en 2015. Daniel Barré, fondateur, président puis porte parole de l’association revient sur ces 25 ans d’action, les victoires et les progrès effectués pendant cette période grâce à l’implication et au soutien de ses membres.

Un besoin d’agir face à un phénomène nouveau
Lorsque je reviens en 1987 dans les Deux Sèvres natales après dix ans d’absence, des nouveautés marquent le paysage agricole: la présence intrigante, parfois dès le printemps, d’enrouleurs d’irrigation dispersant quelle que soit la chaleur estivale y compris à travers routes et chemins, l’eau des nappes et des rivières.
L’année 1976 et son «impôt sécheresse» était passée là, véritable déclic psychologique pour favoriser l’équipement de plus en plus puissant des installations d’irrigation.

Les surfaces irriguées en Deux Sèvres sont passées de quelques dizaines d’hectares dans les années 70, à près de 25 000 hectares à cette fin des années 80.
La politique agricole dopée par un système bancaire incitatif a réalisé une nouvelle performance, une fois encore sans tenir compte des autres composantes de la société.
Les modes de production s’intensifient toujours (on commence à parler de vache folle à cette époque) et la population active agricole décroit à grande vitesse.
L’hémorragie continue, le modèle agricole est un énorme bateau lancé à pleine puissance…piloté par un équipage obstiné.

Le Bassin Adour Garonne comprend le tiers des surfaces irriguées en France

A-sec à St Jean d’Angely en 2009. Photo Lysiane Chupin

Les années 1989 et 1990 sont très sèches. L’artillerie lourde irrigante par ses centaines de canons d’arrosage, donne le maximum de sa capacité que nous estimons à l’époque à plus de 50 millions de mètres cubes d’eau en Deux Sèvres.
Les effets sont immédiats : en 1989 comme en 1990 parmi les 2000 kilomètres de cours d’eau Deux Sévriens, plus de 600 kilomètres de cours d’eau permanents sont asséchés par les excès de pompage.

Les réactions sont nombreuses. Déjà en 1989 deux associations sont créées pour la défense de l’eau : SOS Rivières en Charente Maritime et l’ARPE2. Je vais à la rencontre de leurs fondateurs et avec quelques amis conscients de la gravité de la situation, nous appelons le 30 août 1990 à une assemblée générale constitutive.

A cette période, de très nombreux cours d’eau sont à sec, y compris La Boutonne à Chizé, sur laquelle se penchent de très nombreuses personnes ulcérées, soufflées de constater cette nouvelle illustration de la capacité humaine à transformer son environnement.

Comment stopper cette consommation d’eau effrénée, incontrôlée, au seul profit d’une corporation minoritaire ignorant l’intérêt général ?
A cette époque les irrigants nient complètement l’effet des prélèvements sur les nappes et les cours d’eau, ils taxent les défenseurs de l’eau d’extrémistes…
On verra que des années après, ces effets destructeurs de l’irrigation deviennent pour les représentants des irrigants des arguments pour exiger le financement des « bassines » .
Très vite nous nous rendons compte que nous ne pouvons compter ni sur les politiques en place à ce moment là, ni sur les services de l’État.
A tel point qu’à peine élu président de l’APIEEE  je suis exclus par le secrétaire général de la préfecture de la réunion de l’observatoire départemental « sécheresse »  à laquelle je m’étais invité afin de faire connaître les positions que nous étions bien seuls à défendre. Ça commençait fort !
Une cinquantaine de paires d’yeux hostiles me donnent le même signal. Je quitte donc la réunion, après avoir contesté cette position préfectorale pour aller directement conter l’événement aux journalistes qui ne savent pas encore que le sujet de l’eau sera désormais le marronnier de chaque été !
Nous déciderons ensuite avec plusieurs associations la tenue de conférences de presse sur le terrain. La toute première se tient sous le pont au centre de Mauzé, où nous tenons une réunion dans le lit du Mignon asséché.
Bien d’autres actions seront relayées par la presse écrite, mais aussi par France 3 ou d’autres TV.
Si ce volet médiatique est incontournable, nous savons très tôt qu’il nous faudra saisir les tribunaux. Pour cela, une durée d’existence minimale nous impose la patience.
Nous mettons à profit ce délai minimum avant d’ester en justice contre l’État, pour approfondir notre connaissance technique du sujet.
Ce n’est qu’en 1992 que la loi sur l’eau sort enfin. Préparée sous le ministère de Brice Lalonde et promulguée sous celui de Ségolène Royal, cette loi arrive tardivement. L’irrigation est puissamment installée, elle campera désormais sur une position confortable, acquise sans la concertation publique mais avec ses impôts…
Les préfets quant à eux gèrent avant toute chose l’ordre public, ils redoutent les réactions des représentants des irrigants, fraction pourtant minoritaire du mode agricole.
Rien ne bougera tant que nous n’aurons pas fait condamner l’Etat.

La Courance devient notre rivière test, notre « cas d’école ». Elle additionne des particularités utiles à la défense de notre cause : rivière permanente, classement piscicole à truites de mer, arrêté de protection de biotope.
Lorsque nous déposons notre premier recours au tribunal administratif  les préfets successifs autorisent l’irrigation alors que la rivière est déjà à sec et que la nappe qui l’alimente est très largement au dessous du lit !
Notre patience est mise à l’épreuve puisque cette première action en annulation de l’arrêté préfectoral mettra plusieurs années à être reconnue par le tribunal administratif de Poitiers.
Après expertise, le tribunal confirme la permanence du cours d’eau (les irrigants affirmaient que la rivière avait toujours été à sec l’été), qualifie d’insuffisantes les dispositions du préfet, condamne l’État.
Nous renouvellerons ce type d’action juridique à quatre reprises, et obtenons gain de cause. Les arrêtés préfectoraux doivent remonter les seuils d’alerte, provoquant l’ire des irrigants.
Pendant des années ceux-ci affirmaient que les prélèvement n’avaient pas d’impact, ils devaient désormais changer de stratégie et adopter celle des bassines.

Dès la création de l’APIEEE en 1990 nous avions identifié le lien fort existant entre les questions qualitatives et quantitatives concernant l’eau.
Les écosystèmes sont altérés ou détruits lorsque le cycle de l’eau est lui même mis à mal.
La diminution de la ressource en eau, qu’elle soit due à des phénomènes climatiques ou à une surexploitation par les activités humaines (voire un cumul des deux causes) modifie des cycles, des mécanismes sensibles.

Source de la Sèvre à sec – photo Lysiane Chupin

Manifestation sur l ‘eau à Exoudun – photo Lysiane Chupin

Les conséquences peuvent être lourdes: dégradation de la qualité de l’eau, régression ou destruction d’espèces vivantes.
Cela peut entraîner des dépenses importantes lorsqu’il faut réaliser des travaux pour remplacer des ressources en eau potable devenues impropres à la consommation ou mettre en œuvre les mesures de correction : usines de traitement de l’eau, nouvelles canalisations par exemple.

Les écosystèmes rendent pourtant gratuitement bien des services.
Je prendrais l’exemple de la dénitrification naturelle des nappes d’eau sous l’influence de bactéries. Les micro organismes qui transforment les nitrates de l’eau ne sont actives dans les nappes qu’en absence d’oxygène. C’est le cas lorsque la nappe d’eau est assez haute ou en pression suffisante et qu’aucune entrée d’air, donc d’oxygène n’empêche ce travail assuré gratuitement depuis des millénaires.
Le fait de pomper des volumes d’eau importants fait chuter le niveau des nappes, permet à de l’air de prendre la place de l’eau et de stopper le travail des bactéries.
De fait la dénitrification ne s’opère plus et le taux de nitrates monte. Ceci est un exemple que nous avons rencontré en vallée de La Courance ou les quantités de nitrates transformées naturellement avaient été évaluées à plusieurs dizaines de kilos par hectare et par an.
Ce type de constat -et je pourrais en citer d’autres liés à la question des pesticides- nous a très tôt persuadés que des actions devaient être menées sur le volet qualitatif. Pas seulement pour des questions de santé publique, mais aussi parce que la dégradation de la ressource en eau a des conséquences sur notre porte monnaie. Les normes de distribution de l’eau imposent aux syndicats le respect d’un certain nombre de paramètres qualitatifs qui sont parfois maintenus à grands frais.
Évidement notre société est tellement bien organisée que ce ne sont pas souvent les pollueurs qui payent la facture !

Fort des constats relevés sur le terrain, l’APIEEE avait donc décidé dès 1996 de porter l’affaire en cour de justice européenne. Pourquoi ?
Tout simplement parce que l’État, à l’image de  ce qui se passait au plan quantitatif n’avaient pas la capacité suffisante pour contre carrer un système qu’il avait lui même (sous la pression de la partie productiviste de la profession agricole) conforté.
Il n’était même pas envisageable de voir des réunions abordant la qualité de l’eau au plan départemental.
Je dois souligner le fait qu’il fut très encourageant de croiser sur notre route des fonctionnaires de l’État, lucides, conscients de la dégradation continuelle de la ressource et qui ont su apporter au grand dam de la profession agricole des informations objectives.
Ceci nous a permis de travailler sur des pistes fiables que nous avons dû nous même creuser : collecte de renseignements auprès des syndicats d’eau, compilations d’analyses etc.
Lorsque nous avons eu assez d’éléments, nous sommes allés porter directement notre dossier à Bruxelles. Mais ce n’était que le début.  Il a fallu plus de 10 ans de partie de cache cache entre la commission européenne et l’Etat pour réellement contraindre la France.

Je cite souvent la phrase suivante qui traduit quel était l’état d’esprit de certains :
« Si on ne fait rien, l’Europe va nous condamner ! » Cette phrase fut prononcée par le président d’un syndicat d’eau en séance plénière. Ce a quoi je lui ai rétorqué : « Non, si l’on doit mener des actions c’est pour reconquérir la qualité de l’eau et apporter de l’eau de qualité aux habitants »

Finalement les injonctions de la commission formulées à la France entraînèrent des prises en compte substantielles de la part des syndicats d’eau.
Le sujet n’est hélas pas épuisé. La très sérieuse question des pesticides n’en est qu’à son début.
La vigilance de la population doit rester de mise. Il est à craindre que l’État ait encore beaucoup de mal à orienter les pratiques polluantes vers de nouveaux modes de production.
L’opinion publique doit se saisir de ce sujet. Une condition importante de cette saisine est bien entendu l’accès à l’information.
Plus que jamais le soutien aux associations, l’engagement en leur sein sera déterminant.

Les décideurs ne peuvent ignorer les demandes de la population. Les lobbies agricoles ne pourront pas s’imposer si les consommateurs, les citoyens, les gens de la rue connaissent le sujet et défendent l’intérêt général.

L’APIEEE contribue à cette défense, à cette part humaniste. Comptons sur nous pour avancer !

Daniel Barré

Statuts et agrément de l’association

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